[SOCIÉTÉ] Aissa Doumara Ngatansou, une camerounaise, première lauréate du Prix Simone Veil.

Le 8 Mars dernier, à l’occasion de la 42è Journée Internationale du Droit des Femmes, Emmanuel Macron a inauguré le Prix Simone Veil. Un prix qui a pour vocation de distinguer chaque année une personnalité ou un collectif contribuant à faire avancer la cause des femmes dans le monde. Belle initiative, il y a du boulot !

Ce premier prix a été attribué à Aissa Doumara Ngatansou, une camerounaise de 47 ans qui vient en aide aux victimes de viols et de mariages forcés au Cameroun depuis plus de 20 ans. Une situation qu’elle connait malheureusement très bien. Aïssa Doumara Ngatansou a 11 ans quand sa mère décède. 4 ans plus tard, elle est donnée en mariage sans son consentement. En effet, à 15 ans, elle subit un mariage forcé. Elle refuse comme elle le déclare « de rentrer dans le schéma classique qui était destiné aux filles de son âge devenir, femme, ménagère, mère épouse sans penser à elle-même. juste par pression, juste parce quelle est née femme ». Malgré l’opposition de sa belle-famille, elle terminera ses études secondaires. Régulièrement victime de violences conjugales, elle finit par quitter le foyer familial. En 1996, elle cofonde une antenne de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes (AVLF) à Maroua. 

Au cours de ses années d’activisme, des anecdotes atroces et sordides elle en a entendu, vécu : comme Adou, cette jeune fille de 12 ans, dont le mariage était planifié alors même qu’elle devait entrer en 6è. Ou cette femme qui a vu son fils et son mari se faire égorger par Boko Haram. Leur sang a été recueilli dans un récipient et on l’a forcé à le boire. A travers les actions de son association et les relais présents à travers le pays, elle a réussi à arrêter des mariages forcés ou tout simplement redonner goût à la vie aux victimes qui ont croisé son chemin.

Dans son poignant discours d’acceptation (à écouter tant il est intéressant, touchant),  elle déclare “C’est avec beaucoup d’émotion que j’accepte ce prix. Ce que nous faisons tous les jours, c’est redonner goût à la vie, restaurer tous les pouvoirs que les femmes ont perdu à travers des actions de soutien et de sensibilisation… A toutes ces survivantes, les rescapées de Boko Haram, les femmes et les filles du monde entier, je dédie ce beau prix. Il est le mien et il est aussi le vôtre. »

Une reconnaissance qui permet de mettre en lumière la condition des femmes. Terrible dans certains, de trop nombreux pays. Dans notre confort, on ne se rend pas forcément compte qu’au XXIé siècle des femmes subissent des exactions qui nous semblent être d’un autre temps. En France, on se bat pour l’égalité salariale, dans d’autres pays, les femmes se battent pour simplement avoir le droit d’aller à l’école.

Aissa Doumara Ngatansou, une femme forte qui mérite ce prix (assorti d’une dotation de 100 000€) qui l’aidera à poursuivre son action.

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