[SPORT] Annulation de la CAN 2019 au Cameroun, une déroute préparée de longue date ?

Le retrait de la CAN 2019 au Cameroun

30 Novembre 2018, le couperet tombe : le Cameroun n’organisera finalement pas la CAN 2019. Après des mois, d’atermoiements, de rebondissements, ce que beaucoup redoutaient, que d’autres croyaient impossible a fini par arriver. Le retrait de l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun. Pays (improbablement ?!) vainqueur de la CAN 2017.

Dans un communiqué, la CAF dresse la liste des raisons qui l’ont poussée à prendre cette décision. Tout en précisant que le Cameroun est soutenu par la CAF et reste un potentiel pays hôte pour la CAN 2021. Encore faudrait-il que la Côte d’Ivoire, pays normalement hôte en 2021 et la Guinée en 2023 acceptent de décaler…

Légitime ou pas, ce qui est certain c’est que cette décision prise à 7 mois du début de la compétition arrive bien trop tard pour être comprise.

Le Cameroun qui avait fait des efforts et des investissements considérables pour tenir un cahier des charges qui a changé en cours de route dénonce une décision injuste. Les camerounais de partout dans le monde qui attendaient cette CAN avec impatience et s’étaient tous donnés rdv au pays en juin 2019, oscillent entre honte, déception et colère contre les institutions de leur pays en charge de l’organisation.

Mais sont-elles vraiment coupables ? Ou la débâcle était un évènement prévu depuis le 16 Mars 2017, élection d’Ahmad Ahmad, élu président de la CAF face à Issa Hayatou, en poste depuis près de 3 décennies ? Alors réel manque d’organisation ou raisons politiques plus profondes… ?

Pour tenter de répondre à cette question, faisons un petit saut dans le temps.

Septembre 2014 : le Cameroun se voit attribuer l’organisation de la CAN 2019 en même temps que la Côte d’Ivoire pour la CAN 2021 et la Guinée pour la CAN 2023. Issa Hayatou alors président de la CAF y règne en maitre depuis 2 décennies. Une décision déjà controversée à l’époque. Des voies s’étaient insurgées contre l’attribution des compétitions à 3 pays d’Afrique centrale (sans compter le Gabon qui avait co-organisé en 2012 et organisé au pied levé en 2015). Des premières voies s’élèvent.

Novembre 2014 : Le Maroc, pays initialement organisateur de la CAN 2015, du 17 janvier au 8 février, demande à plusieurs reprises le report de la compétition. Officiellement, il invoque des risques sanitaires majeurs liés à l’épidémie d’Ebola qui sévissait mortellement à l’époque. Officieusement, il se disait surtout que le pays n’était prêt ni dans ses infrastructures, ni sportivement. Quoi qu’il en soit, la demande de report avait été catégoriquement refusée par la CAF qui a non seulement confié l’organisation de la compétition au Gabon mais a également disqualifiée l’équipe privant le Maroc de participer à la compétition sous toute forme que ce soit. La tension monte au sein de la CAF  contre Issa Hayatou et son équipe.

Issa Hayatou à gauche, Ahmad, Ahmad à droite.

Mars 2017 : ont lieu les élections du président de la CAF. Qui pour succéder à Issa Hayatou ? Lui-même ? En poste depuis 1988, le camerounais semblait indéboulonable. L’ancien président de la Fédération Malgache de Football Ahmad Ahmad ? Quasi inconnu au bataillon, il fait clairement figure de challenger. Mais à la surprise générale, Ahmad Ahmad est élu à la tête de l’organisation ! Si le soutien du Maroc et des pays d’Afrique Australe entre autres est clair, des rumeurs disent que le challenger était également soutenu par Gianni Infantino, nouveau président de la FIFA, lui-même élu un an avant. Une manière de se venger d’Issa Hayatou qui aurait apporté son soutien à son adversaire Sheikh Salman bin Ebrahim Al Khalifa lors de l’élection à la présidence de la Fifa en février 2016. Une nouvelle ère commence.

Juillet 2017 : A moins de 2 ans de la prochaine compétition, le nouveau Président annonce des changements profonds dans l’organisation de la compétition. Un nombre d’équipes plus élargies : passer de 16 à 24 équipes et une compétition qui aura lieu en juin, pendant la trève estivale plutôt qu’en janvier. Si l’élargissement a un plus grand nombre d’équipes suit la tendance à l’international, l’annoncer avec un délai aussi court est forcément un piège pour le pays organisateur qui en quelques mois devait construire a minima 3 stades supplémentaires, des nouvelles infrastructures (routes, hôtels…). Un changement de cahier des charges qui impliquait un défi quasi impossible à relever ! Quel était le but de la manoeuvre ? Prouver que le Cameroun était incapable d’organiser cette nouvelle compétition dans le but de mieux l’attribuer à un autre pays ? Mais dans de telles conditions quels pays africains aurait été en mesure de le faire ?

Des manoeuvres qui viennent clairement gâcher ce qui s’annonçait déjà comme une très belle fête du football en Afrique !

Et nous voilà en Novembre 2018 : le Cameroun se voit retirer l’organisation de la CAN. Issa Hayatou se voit condamné à payer une amende record dans une affaire d’obtention de droits TV. Le Cameroun, dommage collatéral d’une vengeance politique ?On ne sait pas encore quel pays va accueillir la compétition. Le Maroc et l’Afrique du Sud seraient prêts. Le premier a organisé la CHAN en 2018, le second est le seul pays africain à avoir déjà organisé une Coupe du Monde. Les 2 ont les infrastructures nécessaires.

J’ai déjà ma petite idée … Faites vos pronostics !

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